ZDE de la Montagne Bourbonnaise : la Cour Administrative d’Appel de Lyon valide le dossier

par | 15 Déc 2011

carte_25000_C_St_Nicolas_Sud-Laprugne_Est.jpgDans un arrêt du 29 novembre 2011, la Cour Administrative d’Appel de LYON a confirmé la légalité de l’arrêté du Préfet de l’Allier créant la Zone de Développement Eolien de la Communauté de Communes de la Montagne Bourbonnaise.

Les juges font notamment application du principe de participation du public et distinguent le contenu des ZDE, qui portent sur de « vastes territoires »,  de celui des permis de construire des parcs éoliens (CAA LYON, 29 novembre 2011, Magnaud c/ Préfecture de l’Allier, req. n° 10LY01489).

Contrairement à l’arrêt rendu à BORDEAUX le 2 novembre 2011, les juges de Lyon semblent s’orienter vers une appréciation pragmatique et globale de la légalité des ZDE.

La jurisprudence rendue à propos d’arrêtés préfectoraux de création de ZDE est désormais de plus en plus fréquente.

Tant que le Ministère de l’environnement n’aura pas réagi, les juges seront confrontés chaque recours à l’absence de décret ou d’arrêté d’application de l’article 10.1 de la loi du 10 février 2000 (relative à la modernisation et au développement du service public de l’électricité).

Le juge administratif doit donc apprécier, au cas par cas, ce que le législateur a prescrit ou voulu prescrire.

Un précédent arrêt de la Cour Administrative d’Appel de BORDEAUX du 2 novembre 2011 témoigne que la jurisprudence a durci les critères concernant l’appréciation du « potentiel éolien », ce qui le conduit à exiger des études de vents annuelles pour chaque secteur.

Cette question n’a pas été tranchée dans la présente décision de la Cour Administrative d’Appel de LYON ; celle-ci s’est en revanche prononcée sur d’autres étapes du processus d’approbation d’une ZDE.

1 – L’intérêt à agir des requérants

Des administrés résidant « à proximité » d’un périmètre de ZDE, ou propriétaires de terrains avoisinants, justifient d’un intérêt leur conférant qualité pour attaquer l’arrêté préfectoral dès lors que celui-ci a pour objet « la définition d’un périmètre privilégié par les autorités publiques pour l’implantation des éoliennes » et qu’il « repose sur l’appréciation comparative et globale, à l’échelle d’un vaste territoire, des regroupements qu’il convient de favoriser dans le but notamment de respecter les paysages et les sites remarquables et protégés ».

Cette première appréciation n’appelle pas de commentaire s’agissant de l’intérêt à agir des riverains. Cependant, comme le relève la Cour administrative d’appel de LYON, les ZDE portent sur « de vastes territoires », ce qui peut soulever, comme on le verra, une question d’échelle et de détail des études.

2 – Compétence de la Communauté de Communes

La Communauté de Communes de la Montagne Bourbonnaise avait compétence pour demander au Préfet de créer une ZDE dès lors que ses statuts visaient « l’accompagnement des initiatives visant à la promotion d’énergies renouvelables (bois, éolienne ou solaire) » (compétence optionnelle prévue par le II de l’article L.5214-16 du CGCT).

La circonstance que l’établissement public ait, par la suite, fait préciser dans ses statuts qu’il pouvait créer et assurer le suivi d’une ZDE est superfétatoire et ne remet pas en cause la compétence initiale.

3 – Vote des Conseillers Municipaux

La circonstance que le dossier de demande de création de ZDE transmis au Préfet ait été complété une semaine après le vote du Conseil Municipal ne suffit pas, par elle-même, à « démontrer que les membres de cet organe délibérant ne se seraient pas prononcés en connaissance de cause ou n’auraient pas été à même d’exercer pleinement leur droit à l’information ».

On rappellera, sur ce point, que le Code Général des Collectivités Territoriales impose qu’une notice d’information soit transmise avec l’ordre du jour aux Conseillers Municipaux avant le vote des délibérations. Il n’est pas exigé que l’intégralité du dossier leur soit communiquée préalablement mais ils doivent être mis à même de pouvoir le consulter en mairie.

4 – Les communes concernées par le périmètre de ZDE

La Cour Administrative d’Appel de LYON confirme que l’ensemble des communes dont le territoire est en tout ou partie inclus dans le projet de ZDE doivent se prononcer par délibération avant la décision du Préfet.

En revanche, le défaut de visa de ces délibérations dans l’arrêté est sans incidence sur sa légalité. De même, la circonstance que l’arrêté ne respecte pas intégralement le modèle annexé à la circulaire interministérielle du 19 juin 2006 est sans effet juridique puisqu’une circulaire « n’a pas valeur réglementaire ».

5 – Délai imparti au Préfet pour se prononcer

La loi du 10 février 2000 prévoit un délai de 6 mois dont dispose l’autorité préfectorale pour statuer sur la demande de création d’une ZDE.

Cependant, une décision explicite et positive peut être prise après l’expiration de ce délai qui n’est pas prescrit à peine de nullité ou de dessaisissement.

Quant bien même une décision implicite de refus serait intervenue à l’échéance du délai de 6 mois, cette dernière n’est pas créatrice de droits. Dès lors, le Préfet dispose toujours de la possibilité de substituer à cette décision implicite de rejet une décision explicite portant approbation de la création de la ZDE.

6 – Principe de participation du public

L’article L.110-1-1 II 4° du Code de l’Environnement consacre le principe de participation du public. Cela implique que la collectivité publique ayant proposé la ZDE mette en œuvre diverses mesures d’information telles que la mise à disposition d’une notice explicative et d’une étude préalable ainsi que l’ouverture d’un registre d’observation.

En revanche, aucune disposition législative ou réglementaire n’impose à l’autorité locale d’organiser des réunions publiques ou la constitution d’un comité de pilotage. De même, la concertation n’a pas à être poursuivie durant toute l’instruction de la demande adressée au Préfet.

Enfin, l’article 8 de la convention d’Aarhus du 25 juin 1998 relative à l’accès à l’information et à la participation du public ne crée pas d’obligation à l’égard des collectivités locales mais seulement entre les Etats partie à la co
nvention.

7 – État initial de l’environnement

Le dossier de création de ZDE doit recenser les dispositifs et périmètres de protection des richesses naturelles ainsi que les sites protégés (NATURA 2000 notamment).

En revanche, la circonstance que certains des services instructeurs aient demandé, dans leurs avis, que des études complémentaires soient réalisées (SDAP et DIREN), ne crée pas d’obligation à l’égard du pétitionnaire ou du Préfet. En effet, de telles études complémentaires « incombent au promoteur de projets éoliens, à l’appui de leur future demande d’autorisation ».

Ce n’est pas au stade du dossier de création de ZDE qu’il convient de traiter l’ensemble des questions relatives à l’impact visuel des éoliennes depuis les abords de certains sites.

8 – Légalité interne : opportunité de la localisation des zones

Le juge administratif exerce un contrôle que l’on qualifie d’erreur manifeste d’appréciation sur l’opportunité du choix des ZDE par le Préfet. En l’espèce, il estime que les ZDE peuvent se situer à seulement 460 mètres de quelques habitations sans que cela soulève un problème de légalité, et quand bien même la Communauté de Communes s’était donnée pour principe de respecter une distance minimale de 500 mètres.

De même, l’inclusion d’un secteur relativement sensible et protégé dans le périmètre de la ZDE, susceptible d’altérer le champ de visibilité depuis un site protégé ou de nature à compromettre des espèces recensées dans une zone NATURA 2000, ne suffit pas à justifier une annulation.

Enfin, de ZDE un secteur peut être situé à l’écart d’autres secteurs sans que cela favorise un effet de mitage en méconnaissance des objectifs de cohérence départementale et de regroupement des installations mis en avant par la loi du 10 février 2000.

En définitive, la Cour Administrative d’Appel de LYON confirme la légalité de la ZDE. Cette décision complète le puzzle des jurisprudences rendues en la matière.

Contrairement à l’arrêt de la Cour Administrative d’Appel de BORDEAUX du 2 novembre 2011, elle semble cependant s’orienter vers une appréciation pragmatique et globale des ZDE.

En retenant qu’elles ont vocation à concerner de vastes territoires, la Cour Administrative d’Appel de LYON juge que la loi du 10 février 2000 n’a pas pu imposer aux collectivités publiques de fournir, à l’appui de leurs demandes, des études extrêmement précises, lesquelles relèvent plus de dossiers de permis de construire que de dossiers de ZDE.

Inventaires faune-flore : quand deviennent-ils caducs ?

Inventaires faune-flore : quand deviennent-ils caducs ?

Dans un arrêt du 26 novembre 2025 (n°23DA01823 – jurisprudence cabinet), la Cour administrative d’appel de Douai a jugé qu’un porter à connaissance relatif à un projet de parc éolien fondé sur les études initiales faune-flore réalisées 10 ans plus tôt, ne caractérise pas – en soi – une insuffisance. Pour écarter l’obsolescence invoquée par les adversaires, la Cour adopte une appréciation in concreto et constate que :

1/ les modifications apportées au projet n’impliquent pas de modification de la zone d’implantation (éoliennes déplacées de quelques mètres)

2/ deux ans avant le porter à connaissance, le dossier a fait l’objet d’une actualisation dans le cadre de la régularisation dans le prétoire de l’arrêté initial (ordonnée à la suite d’une autre action des mêmes adversaires), permettant de confirmer l’absence d’évolution de la zone d’implantation.

La Cour écarte donc le moyen des requérants tenant à un changement de circonstance de fait (voir égal. CAA Douai, 5 novembre 2025, n° 22DA01648 ou encore CAA Douai, 9 juillet 2025, n° 21DA00885).

Zoom du cabinet ALTES : attention, les inventaires faune-flore sont désormais caducs au-delà de 5 ans

Depuis le 14 août 2025, les inventaires faune-flore requis dans le cadre d’un dossier ont une durée de validité limitée à cinq ans. Au-delà, ils sont caducs (article R. 411-21-4 du code de l’environnement).

Cela peut par exemple affecter le Porter-à-connaissance pour le repowering d’un parc éolien, si les inventaires initiaux ont été achevés plus de cinq ans auparavant.

Cette évolution normative modifie substantiellement la grille d’analyse : si la jurisprudence a pu, jusqu’ici, valider au cas par cas des dossiers reposant sur des inventaires anciens en prenant en compte les circonstances propres au projet, la réglementation limité désormais la marge d’appréciation du juge en imposant un délai contraint.

Ainsi, les porteurs de projet devront systématiquement s’assurer de la validité des inventaires faune-flore initiaux (et le cas échéant anticiper leur actualisation) avant le dépôt d’un dossier pour lequel ils sont requis.

Contrefaçon et concurrence déloyale de Facebook : la Cour de cassation confirme la double condamnation de « Fuckbook »

Contrefaçon et concurrence déloyale de Facebook : la Cour de cassation confirme la double condamnation de « Fuckbook »

Le titulaire d’un droit de propriété intellectuelle jouit d’un monopole d’exploitation lui permettant de s’opposer aux pratiques des tiers.

Le droit des marques confère cette protection notamment par le biais de l’action en contrefaçon (civile) permettant d’engager la responsabilité de celui qui se livre à l’une des atteintes énumérées (article L.716-4 du Code de propriété intellectuelle).

Une autre action, dite en concurrence déloyale (article 1240 et 1241 du Code civil), permet d’engager la responsabilité de celui dont le comportement s’inscrit en violation des règles du commerce, et ce en dehors de tout droit privatif.

Alors que le commerce de contrefaçon dans le monde atteint 467 Md$ (rapport de l’OCDE sur la situation mondiale du commerce de contrefaçon), les titulaires de droits intellectuels s’étant livrés à de réels investissements, s’interrogent sur les actions à conduire afin d’obtenir des sanctions, si possible lourdes et dissuasives.

Les titulaires des droits intellectuels peuvent-ils envisager le cumul de l’action en contrefaçon et de l’action en concurrence déloyale ?

C’est à cette question que répond la Cour de cassation dans un arrêt rendu le 26 mars 2025 (Com. 26 mars 2025, FS-B, n° 23-13.589).

En l’espèce, la société Cargo Media AG exploite un site de rencontres pour adultes à caractère sexuel dénommé « Fuckbook ». Dans ce cadre, elle a acquis deux noms de domaine (« fuckbook.xxx » et « fuckbook.com »). Invoquant l’atteinte à ses droits, la célèbre société Meta Platforms Inc. (anciennement Facebook Inc.) invoque l’atteinte à ses marques renommées, la contrefaçon de marques (verbales et figuratives) ainsi qu’une concurrence déloyale.

La Cour d’appel de Paris (Paris, 28 octobre 2022) a fait droit aux demandes de la société Meta Platforms Inc. en retenant l’atteinte à la renommée des marques, prononce des mesures d’interdiction et condamne la société Cargo Media AG au paiement de dommages et intérêts.

Suite à un pourvoi formé par la société Cargo Media AG, la Cour de cassation a confirmé – par son arrêt du 26 mars 2025 – le raisonnement des juges du fond.

Le premier moyen de la société Cargo Media AG portait sur la détermination du public de référence. Elle remettait en cause la détermination du public choisi pour apprécier le risque de confusion (critère essentiel pour la qualification de contrefaçon). Elle soutenait qu’il ne pouvait s’agir du « public qui utilise les réseaux sociaux » et qu’il convenait de se livrer à une détermination plus précise.

À cet argument, qui « ne tend qu’à remettre en cause l’appréciation des juges du fond », la Cour répond négativement : le public de référence – à l’appui duquel il convient d’apprécier le risque de confusion entre les marques en cause et le signe « Fuckbook » – est un public qui se confond dans la catégorie plus large du « public des services du réseau social « Facebook ».

Le public de référence peut donc être un public particulier qui entre dans une catégorie plus large. Partant de ces constatations, le risque de confusion et le risque de confusion sont confirmés.

Le second moyen de la société Cargo Media AG portait sur le cumul entre la contrefaçon et la concurrence déloyale. Elle affirmait qu’en l’espèce, un tel cumul était impossible en raison de l’absence de constatation de faits distincts de ceux à l’appui desquels avait été prononcée la contrefaçon.

C’est sur l’appréciation de ces faits distincts que réside le cœur de l’arrêt commenté.

Rompant avec le raisonnement du tribunal judiciaire, les juges de la Cour d’appel de Paris avaient en effet considéré que « les atteintes au nom commercial Facebook et au nom de domaine facebook.com constituent des faits distincts de concurrence déloyale, s’agissant de sanctionner un comportement fautif différent ».

Pour arbitrer de point, la Haute juridiction fait référence à sa jurisprudence antérieure. Les deux actions sont cumulables à condition que la concurrence déloyale résulte de faits distincts de ceux retenus pour la contrefaçon. Toutefois, il ne faut pas confondre faits distincts et faits matériels. En effet, un seul fait matériel peut caractériser des faits distincts « s’il porte atteinte à des droits de nature différente ». En l’espèce, le nom commercial et le nom de domaine se distinguent des droits détenus sur une marque. Dès lors, lorsque s’illustre un risque de confusion, les deux actions peuvent être cumulées puisqu’elles reposent sur des faits distincts (à entendre au sens de conséquences distinctes). La Cour d’appel avait retenu un tel risque résultant de la création, l’esprit du public de référence, d’une impression de continuité économique entre les deux entités. 

La dernière étape du raisonnement de la Cour porte sur la conséquence attachée à ce cumul. Elle affirme, « la victime peut obtenir, au titre de la concurrence déloyale, la réparation du préjudice distinct né de l’atteinte à la distinctivité de ses signes d’identification, tels le nom commercial ou le nom de domaine, seulement si le préjudice n’est pas déjà réparé au titre de la contrefaçon ». Pour que le cumul soit prononcé, il faut donc caractériser des préjudices distincts.

Retenons donc le possible cumul des sanctions, favorable aux titulaires de droit de propriété intellectuelle. L’arrêt s’illustre également par l’encadrement de cette possibilité, permettant d’éviter de tordre la règle non bis in idem.

La représentation artistique d’une marque de renommée à des fin d’auto-promotion est une contrefaçon (TJ Paris, 2 avr. 2025, n° 23/04114)

La représentation artistique d’une marque de renommée à des fin d’auto-promotion est une contrefaçon (TJ Paris, 2 avr. 2025, n° 23/04114)

Le droit de la propriété intellectuelle octroi à son bénéficiaire un droit exclusif d’exploitation en vertu duquel il peut s’opposer aux agissements des tiers. Cependant, des limitations au droit de propriété existent en droit des marques , même dument enregistrées (L.713-1 du Code de la propriété intellectuelle), par exemple lorsque le produit revêtu de la marque a fait l’objet d’un épuisement des droits – c’est-à-dire lorsque la première vente ou mise en circulation dans l’UE/EEE a été autorisée par le titulaire des droits – ou lorsque l’utilisation litigieuse n’a pas lieu dans la vie des affaires (CJCE, n° C-206/01, Arrêt de la Cour, Arsenal Football Club plc contre Matthew Reed, 12 novembre 2002).

Naturellement, la coexistence entre le droit privatif et les tiers conduit à des litiges quant à la juste articulation des droits de chacun. Les marques de renommée ne sont pas exemptées, d’autant que leur protection se distingue en ce qu’elle dépasse le principe de spécialité. En effet, elles jouissent d’une protection qui dépasse les produits et services pour lesquels elles sont déposées. La liberté d’expression apparaît alors comme un droit légitimement opposé.

La liberté d’expression peut-elle limiter le droit exclusif conféré au titulaire d’une marque enregistrée ?

À de nombreuses reprises, les juges du fond se sont prononcés sur l’articulation entre le droit des marques et la liberté d’expression des tiers. Citons par exemple, la possible qualification d’atteinte à la marque en cas de caricature de marques lorsque les agissements du tiers rendent compte d’une volonté d’« exploiter l’impact » de la marque déposée (TGI Paris, 4 oct. 1996) ou d’« user de la caricature et de la parodie, non pas uniquement pour railler ou faire sourire, mais aussi dans l’intention essentiellement commerciale de profiter des marques déposées pour vendre son propre produit (…) » (Paris, 9 sept. 1998). La liberté d’expression se voit alors écartée lorsque la caricature est détournée pour profiter indûment de la notoriété de la marque en cause.

Quid de la liberté d’expression artistique ? L’utilisation de la marque de renommée dans une démarche artistique fait-elle obstacle à la revendication d’actes de contrefaçon ?

C’est sur cette question que s’est prononcé le Tribunal judiciaire de Paris, le 2 avril 2025. En l’espèce, un artiste a représenté des montres Rolex dans ses œuvres, en conservant certains éléments des marques en cause, tout en modifiant le fond du cadran pour y intégrer des créations personnelles inspirées du Pop Art.

Les sociétés Rolex ont revendiqué la renommée de leurs marques – en s’appuyant notamment sur « plusieurs sondages et enquêtes de notoriété » qui placent les marques en cause parmi les plus réputées au monde – et estiment qu’il s’agit d’utilisations sans autorisation à des fins économiques (utilisation dans un clip promotionnel, diffusion sur les réseaux sociaux…). Les sociétés ROLEX ont affirmé que l’exploitation donne « l’impression d’un lien contractuel » dont il résulte une altération du « caractère distinctif de leurs marques », c’est-à-dire que l’usage artistique brouille l’image de la marque : le public ne l’associe plus uniquement à Rolex.

En réponse, l’artiste a contesée la renommée de l’ensemble des marques invoquées et affirmé que la démarche artistique faisait obstacle à ce que les sociétés Rolex revendiquent des actes de contrefaçon, « d’autant qu’aucun profit tiré de la renommée de ces marques, ni impact sur le comportement économique des consommateurs n’a été démontré ».

Après avoir rappelé la définition de la marque de renommée et ses critères d’appréciation, le Tribunal judiciaire de Paris s’est livré à un arbitrage.

D’une part, les juges du fond retiennent la renommée de certaines marques de la société Rolex : « Au vu de ces éléments, l’importance du budget publicitaire sur plusieurs années, le référencement de la marque dans la presse française, l’existence de sondages et enquêtes de notoriété, l’usage dans le temps et son étendue géographique, les sociétés Rolex démontrent la renommée de leurs marques n° 976721, n° 1355807 et n° 476371 ». Les juges du fond se livrent ainsi à une appréciation rigoureuse de la renommée et rappellent qu’« En effet, c’est uniquement les marques « Rolex » et son logo à la couronne qui jouissent d’une grande notoriété » puisque « Le dépôt de plusieurs marques concernant ces signes ne peut à lui seul caractériser leur renommée ». La démonstration de la renommée apparaît comme une étape cruciale dans la recherche de l’équilibre convoité.

D’autre part, s’agissant de la liberté d’expression, les juges du fond rappellent que la directive 2015/2436 permet de considérer que l’usage d’une marque fait par des tiers à des fins d’expression artistique est loyal lorsque celui-ci est conforme aux usages honnêtes en matière industrielle ou commerciale. Or, tel n’est pas le cas lorsque l’usage de la marque « dépasse les usages loyaux en matière industrielle et commerciale » c’est-à-dire lorsque « l’identification de la marque sert un objectif d’auto-promotion ». En effet, les marques renommées des sociétés Rolex ont été utilisées à plusieurs reprises – parfois associées au terme « Watch » – dans un clip vidéo, sur les réseaux sociaux etc… Indéniablement, cela a participé à la création d’une impression d’un lien commercial entre les marques des sociétés Rolex et les œuvres de l’artiste, le public pertinent étant celui des amateurs de montres de luxe.

Partant de ces considérations, le Tribunal judiciaire de Paris a retenu l’atteinte à la renommée des marques en cause, condamné l’artiste pour parasitisme et ordonné notamment l’interdiction de l’usage des signes « Rolex » et le retrait de ces signes dans la vidéo promotionnelle ainsi que dans les messages sur les réseaux sociaux. La création du lien commercial a conduit à une dilution et une banalisation desdites marques.

Les juges du fond participent ainsi à la protection du droit des marques et des investissements réalisés. Il en résulte que la liberté d’expression artistique ne peut primer sur le droit des marques qu’à des conditions strictes. Dès lors, la preuve de la renommée et l’existence d’un usage déloyal sont des prérequis essentiels à l’éviction de cette liberté.

La marque de renommée est de nature à faire obstacle à la liberté d’expression artistique à la condition que la preuve de ladite renommée soit apportée et que l’usage du tiers ne soit un usage honnête conformément à la directive 2015/2436. De telles conditions sont réunies lorsque l’artiste utilise de façon déloyale la notoriété de la marque pour son auto-promotion.

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